Quelques réflexions sur le spectacle et la révolution
Dans les analyses de la cérémonie d’hier le spectacle et la réalité se mélangent, comme si Thomas Jolly n’avait fait que lever un voile pour mettre un jour le vrai visage du pays.
Ou, mieux, performer un pays désirable pour le faire advenir.
Se discute l’idée dans notre post-modernité que le réel est une performance
alors,
performer l’inclusion, l’antiracisme, le féminisme etc suffit à faire advenir cette réalité.
Je pense que c’est faux.
Relique de la modernité, le capitalisme, lui, continue de gouverner le réel intégrant toutes ces performances dans ce qu’il nomme « l’art » : une catégorie taillée pour ranger la subversion dans le champ de l’irréel.
Un autre plan d’existence. L’art n’est pas le réel, n’est pas le quotidien.
L’art c’est la performance, c’est le spectacle, c’est l’inutile ou l’inaccessible.
C’est le purgatoire des possibles.
Dans « purgatoire des possibles » le « des possibles » est important. L’art contient ce potentiel de transgression. Mais le potentiel ne devient pouvoir que lorsqu’il fait mouvement.
L’art devient transgressif lorsqu’il cesse d’être dans l’art. Lorsqu’il n’est plus une marchandise, plus un spectacle.
Mais lorsqu’il est un mouvement culturelle qui acquiert une vocation contre hégémonique.
C’est à dire la volonté de défaire l’ensemble des institutions sociales et culturelles du capitalisme (le mot « l’ensemble » est fondamental)
La cérémonie d’ouverture des JO a, par sa raison d’être, l’ambition pleinement hégémonique de nourrir le mouvement culturel du capitalisme contemporain.
Toute transgression en son sein sera réduite au simple geste artistique.
Donc à l’état de marchandise.
Mais,
Si l’art est le purgatoire des possibles, le spectacle d’hier peut nourrir les meilleurs affects et les meilleurs potentiels révolutionnaires.
Nourriront-ils le potentiel de destituer les puissants, de défier les institutions ou de faire surgir de nouvelles révolutionnaires comme les fresques spectaculaires d’hier le laissaient à voir ?
La nouvelle France de Thomas Jolly sera-t-elle une énième œuvre patrimoniale du capitalisme ou l’étincelle vivante d’un autre possible ?
Ce double état, cet en même temps, cette ambiguïté propre aux performances et aux spectacles nous livre à nous-mêmes.
À nous alors de ne pas nous laisser éblouir et de mettre fin au spectacle.
